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Un tableau inconnu retrace un pan d'histoire de Monaco

Vendredi 26 Novembre 2021 à 13h23

Un tableau inconnu retrace un pan d'histoire de Monaco


Mise aux enchères, cette copie de 300 ans de Titien a fait l'objet d'un long travail d'authentification qui a révélé une facette méconnue du règne de Jaques Ier et son amour pour l'art et la Normandie.

Le tableau Vénus au miroir, recevant les hommages de mars offert par le prince Jacques Ier de Monaco, installé depuis 1840 dasn le château de Bouttemont



L'histoire qui se cache derrière une oeuvre d'art la dote d'un cachet (in)estimable. Une valeur immatérielle dont dépendra - certainement - son prix, si tant est que ladite merveille soit mise aux enchères. Cette histoire, c'est celle du tableau Vénus au miroir, recevant les hommages de Mars. Une peinture inconnue, pourtant daté du XVIIe siècle, variation de celle réalisée par le maître Titien, trônant dans le vestibule d'un château de la région de Saint-Lô , dans la Manche, depuis 1840. Un cadeau du prince Jacques Ier de Monaco, dont l'authenticité a été vérifiée après un long et minutieux travail de recherches qui a fait ressurgir les liens méconnus entre la Normandie et la Principauté. Retour à la fin du XVe siècle.


Chateau de Bouttemont


L'art pour s'imposer aux yeux de l'Europe

Château de Bouttemont. "Ce nom est celui d'une famille dont on retrouve la trace à la fin du XVe siècle, explique Karl Benz, commissaire-priseur en Bretagne, qui a initié les recherches sur cette oeuvre de l'école flamande. Un lieu rempli de trésors conservés par la famille depuis l'origine, par descendance directe, jusqu'à aujourd'hui. Et dont une partie de la collection a été étoffée par un dénommé Jacques. En 1715, ce comte de Torigni et baron de Saint Lô -terre mère de l'imposante bâtisse - épousa Louise - Hippolyte Grimaldi, fille aînée et héritière du prince de la Principauté. A la mort de cette dernière, en 1731, il devient Jacques Ier de Monaco." C'est ensuite la folie des grandeurs pour celui qui veut s'imposer dans l'Europe entière comme un fin connaisseur d'art, une pratique courante chez les puissants. Enfin, pas exactement. " Le prince Jacques Ier voulait davantage acquérir des oeuvres qui, comment dire, avaient de la gueule, poursuit le commissaire priseur. Quitte à faire passer au second plan des pièces authentiques et reconnues. L'opulence, la grandeur et le bon goût étaient matérialisés par d'immenses tableaux. Il aimait les portraits, les scènes religieuses et mythologiques. Après que l'antique château de Bouttemont a été détruit par un incendie au début du XIXe siècle et rebâti en 1840, des pièces offertes par Jaques Ier ont ressurgi. Dont cette peinture."



Une oeuvre authentique?


Et c'est là que débute le travail fastidieux
'est là que débute le travail fastidieux, " mais ô combien passionnant " , de l'authentification du fameux tableau. Est-ce une réelle version d'ateliers ou bien une provenance familiale fantaisiste "comme il est possible de déceler assez rapidement dans certains cas, note Karl Benz. Pour ce Titien, on raconte depuis toujours que le prince de Monaco l'avait offert à Jacques de Bouttemont, receveur du domaine de Torigni. Mais on ne pouvait pas se baser sur des supposition. Alors, avec Blandine Hirschauer, étudiante à l'Université de Paris, nous avons questionné cette oeuvre." L'instinct. C'est ce qui a d'abord poussé Karl Benz a s'y intéresser de plus près. " Nous avons épluché les archives de la famille Bouttemont et les archives départementales de la Manche. Sans y trouver de preuve concrète, nous avons pénétré dans l'intimité de cette petite noblesse. Et ce n'est pas leur faire offense que d'affirmer que ce tableau de prestige n'était pas à leur portée. Une peinture de l'école du XVIIe, qui généralement orne les maisons des grands seigneurs. Il fallait une connaissance accrue de l'histoire de l'art et intellectualiser la peinture. Tout cela confirmait l'hypothèse d'un cadeau du prince." Mais l'indice le plus troublant a été découvert dans les archives de Monaco. " C'était une révélation. Celle que l'on attendait, témoigne Karl Benz. Dans un registre était mentionné une oeuvre avec les caractéristiques suivantes -tableau 587, autre, représentant une Vénus, copie de Titien - avec à quelques centimètres près , les même dimensions. Nous avons mené en parallèle une vraie étude scientifique et , une fois tous ces éléments liés, l'authenticité devenait irréfutable."

Vénus au miroir


Et même une version d'ateliers unique

L'occasion aussi d'en connaître davantage sur les gouts du prince Jacques Ier en matière d'art en fouillant dans les inventaires. Une collection qui d'après Karl Benz, "ne serait pas encadrée par des critères de genre, d'école et de qualité. Plus attentif à la rutilance et à l'effet décoratif du tableau qu'a son authenticité et à sa vérité, Jacques Ier n'hésite pas à faire pratiquer des agrandissements et des restaurations excessives."

Pour autant, mis à part cet amateurisme visible, il existait toutefois des collections à l'intérieur du Plais princier que le souverain a dépassé au gré de ses voyages récurrents dans la capitale parisienne, mais également en Normandie, au château. Ainsi, " Soixante-seize peintures ont quitté la Principauté. Le passé de Jacques Ier en Normandie, son présent à Monaco, son attrait pour l'art et les archives déchiffrées nous ont conduits à authentifier cette pièce, qui plus est avec une particularité assez frappante quand on sait qu'elle est la seul version du Titien qui représente Mars."

Un récit sans doute un peu oublié sur le Rocher jusque dans la région normande, mainte fois agitée par la grande Histoire de France. Mais qui démontre que face à une oeuvre, il est sans doute aussi intéressant d'observer le coup de pinceau du maître que d'en apprendre davantage sur le cadre.

https://www.monacomatin.mc/sujet/partouttoujours
Karl Benz
Commissaire-priseur
12bis, rue Hélène Boucher
22190 Plérin

benz@karl-benz.com
02 96 75 03 36